En 2026, le crowd equity s’impose comme une solution pragmatique pour les startups en quête de financement. Alors que les levées de fonds traditionnelles se font plus sélectives, cette forme de financement participatif permet de mobiliser une communauté d’investisseurs particuliers, tout en validant la pertinence d’un projet sur son marché.
Avec plus de 819 millions d’euros collectés au premier semestre 2025 en France, selon le baromètre Forvis Mazars, le crowdfunding n’est plus une tendance éphémère, mais devient un pilier de l’écosystème entrepreneurial.
Pourtant, le crowdequity ne se résume pas à une simple collecte de fonds. C’est un outil exigeant, qui demande une préparation rigoureuse et une animation constante.
Retour sur notre atelier Crowd equity, l’effet boost pour lever des fonds, animé par Jean-Marc Clerc, Camille Bonvicini, de Sowefund et la participation de Baptiste Dautreppe et Damien Mouchel dit Leguerrier d’Anodine.
Pourquoi opter pour le crowd equity ?
Le crowdequity ne remplace pas les levées de fonds classiques, mais il les complète efficacement. Il permet notamment de débloquer des situations où les fonds traditionnels hésitent encore. C’est le cas d’Anodine, une startup incubée au Tarmac, qui, après plusieurs refus de fonds d’investissement, a réussi à lever 850 000 euros grâce à une campagne sur Sowefund.
Autre avantage majeur : la création d’une communauté engagée. Les investisseurs particuliers deviennent souvent des ambassadeurs actifs, testant les produits, relayant les informations et apportant parfois des compétences clés.
Cependant, pour qu’une campagne soit réussie, plusieurs conditions doivent être remplies. D’abord, un pitch clair et concis : l’investisseur doit comprendre le problème, la solution proposée, l’équipe et le timing. Ensuite, il est essentiel de mobiliser son réseau personnel pour atteindre 30 % de l’objectif en 48 heures. Une communication régulière, avec des mises à jour hebdomadaires, est également cruciale. « Les investisseurs veulent voir l’avancée du projet en temps réel », insiste Jean-Marc Clerc, expert en financement participatif depuis 2008.
Enfin, une préparation minutieuse du dossier est indispensable : mémo d’investissement, due diligence, vidéo pitch. Comptez trois mois de préparation avant le lancement de la campagne. Les conditions financières doivent aussi être attrayantes, avec un rendement annuel de 8 à 12%. « Il faut que l’offre soit équilibrée, avec un pacte d’associés clair et un scénario de sortie réaliste », précise Camille, de Sowefund.
Retour d’expérience : Anodine, ou comment lever 850 000 euros.
Fondée en février 2024, Anodine se distingue par son approche innovante en économie circulaire : l’upcycling d’électrodes usagées pour en faire des objets design et durables. Dès ses premiers mois, l’équipe, menée par Baptiste et Damien, se heurte à un défi classique pour les startups industrielles : convaincre les investisseurs traditionnels alors que le modèle est encore en phase de validation. Malgré 63 rencontres avec des fonds et réseaux d’investissement, les retours restent prudents. Le concept, bien que prometteur, nécessite une démonstration concrète de sa viabilité industrielle et commerciale.
Une stratégie en deux temps : business angels puis crowdequity
Face à ce constat, Anodine structure sa levée de fonds en deux étapes. Dès avril 2025, l’équipe entame des négociations avec des business angels. Cette phase, bien que chronophage — « 80 % de mon temps a été consacré», confie Baptiste —, permet de poser les bases d’un tour de table solide. Les discussions portent sur la dilution, la structuration juridique , et la mise en place d’un comité stratégique pour encadrer la levée.
Une fois les LOI signées, Anodine se tourne vers une plateforme de crowdequity -Sowefund- pour finaliser sa levée. L’enjeu : montrer une dynamique industrielle et commerciale concrète au moment de l’ouverture au grand public. « Il fallait orchestrer le timing avec précision, explique Baptiste. Trop tôt, et nous n’avions pas assez de preuves de traction ; trop tard, et nous risquions de perdre en crédibilité. »
Le crowd equity comme accélérateur
Anodine choisit de lancer sa campagne au deuxième trimestre 2025, une période propice pour capter l’attention des investisseurs particuliers. Contrairement aux fonds traditionnels, les plateformes de crowdequity prennent des décisions rapides, ce qui permet d’avancer plus vite.
L’équipe mobilise d’abord son réseau personnel pour atteindre 30 % de l’objectif en 48 heures, un prérequis essentiel pour crédibiliser la campagne. Ensuite, une communication transparente et régulière — avec des mises à jour hebdomadaires sur les avancées industrielles, les partenariats et les premières ventes — permet de maintenir l’engagement des investisseurs. « Les plateformes comme Sowefund apportent une communauté d’investisseurs privés qui complètent parfaitement les apports des business angels », explique Baptiste.
Cibler les bons fonds et les influenceurs clés
Anodine en tire une leçon cruciale : l’importance de cibler les bons fonds et les Key Opinion Leaders (KOL) dès le début. « Il faut comprendre où en est chaque fonds dans son cycle d’investissement, et aller chercher des influenceurs pour crédibiliser le projet », précise Baptiste. Cette approche a permis à Anodine de finaliser sa levée de 850 000€ tout en créant une communauté de 300 investisseurs engagés, prêts à soutenir la startup sur le long terme.
Un effet levier pour les startups en économie circulaire L’histoire d’Anodine illustre comment le crowd equity peut devenir un véritable effet levier pour les startups industrielles et circulaires en phase de lancement. En combinant business angels, fonds traditionnels et crowd equity, Anodine a non seulement bouclé sa levée, mais aussi renforcé sa crédibilité et accéléré son passage à l’échelle industrielle.
Pour les startups qui hésitent encore à se lancer, Baptiste livre un dernier conseil : « Ne vous attendez pas à ce que tout s’aligne naturellement. Le crowd equity, c’est comme un marathon : il faut préparer chaque étape, mobiliser son réseau, et orchestrer le timing avec précision. Mais quand c’est bien fait, ça change la donne. »
Comment choisir sa plateforme ? Tout dépend de la maturité du projet
Toutes les plateformes de crowd equity ne se valent pas. Le choix dépend avant tout de la maturité du projet. Pour les phases de création, des plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank sont idéales pour tester un concept et mobiliser une communauté. En phase d’amorçage, WiSEED et Sowefund offrent un accompagnement solide, tandis qu’Anaxago ou ClubFunding sont plus adaptés aux séries A et B, avec des investisseurs professionnels.
WeDoGood, par exemple, propose un modèle innovant basé sur des royalties plutôt que sur des parts sociales, avec une rémunération indexée sur le chiffre d’affaires. « Cela séduit les investisseurs qui veulent un lien direct avec la performance de l’entreprise », explique Jean-Marc Clerc.
Les trois erreurs qui tuent une campagne
Malgré ses atouts, le crowdequity comporte des pièges. La première erreur à éviter est de négliger la préparation. « Une campagne, c’est comme un marathon, pas un sprint », rappelle Camille de Sowefund. Sans un dossier solide et un réseau mobilisé, l’échec est quasi inévitable.
La deuxième erreur consiste à sous-estimer le community management. Il faut être réactif, répondre aux questions et relancer régulièrement les investisseurs. Comptez une personne à temps plein pendant la campagne.
Enfin, la transparence est essentielle. Les investisseurs veulent savoir où va leur argent et comment ils pourront en sortir. Un pacte d’associés clair et un scénario de sortie réaliste sont donc indispensables.
En conclusion : le crowdequity, un outil puissant si on sait s’en servir
Le crowdequity est un complément efficace aux levées de fonds traditionnelles. Il permet de valider son marché et de créer une communauté engagée, à condition de bien préparer sa campagne et d’animer sa communauté avec rigueur.
Pour aller plus loin :
- Baromètre du crowdfunding S1 2025, Forvis Mazars : lire l’étude
- WiSEED) : découvrir la plateforme d’investissement
- Sowefund : comment ça marche ? en savoir plus
