Et si l’IA, ce Dieu omniscient et omnipotent des temps modernes, nous invitait à ré-ouvrir nos cœurs au lieu de faire grossir nos sciences ? Retours sur le regard inspirant de Gabrielle Halpern quant aux défis à venir de notre humanité

A VPN is an essential component of IT security, whether you’re just starting a business or are already up and running. Most business interactions and transactions happen online and VPN

Inovallée, modèle hybride par excellence, à la croisée de l’Enseignement, de la Recherche, de l’industrie et des politiques publiques, pont par nature entre les mondes, les cultures et les people, et forte d’une base-line qui dit tout de ses valeurs (TECH-HUMAN -ENGAGED) n’avait pas choisi son intervenante au hasard pour sa soirée de gala annuelle.

C’est en effet Gabrielle HALPERN, qui était l’invitée d’honneur 2026, et qui devant plus de 200 invités réunis à l’Agora de Saint Ismier, a résolument décalé les débats et les questionnements sur l’intelligence artificielle en ré-interrogeant le rôle de l’IA, et les défis qu’elle soulève, non pas au regard de nos modes de travail ou de notre compétitivité, mais bel et bien de notre humanité toute entière.

Il faut dire que Gabrielle Halpern est docteur en philosophie et diplômée de l’École Normale Supérieure. Elle a travaillé au sein de différents cabinets ministériels avant de co-diriger un incubateur de startups. Ses travaux de recherche portent depuis près de seize ans sur la notion de l’hybridation et elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Tous centaures ! Éloge de l’hybridation » (Le Pommier, 2020), « Créer des ponts entre les mondes » (Fayard, 2024), et plus récemment « Intelligence artificielle: et l’Homme créa Dieu » (Hermann, 2026).

En 2021, cette philosophe franco-autrichienne, centaure de naissance, a fait la couverture de L’Opinion au titre des « intellectuels influenceurs » et elle a été distinguée trois ans plus tard par le magazine Elle et le journal La Tribune comme l’une des « Trente femmes qui transforment l’économie et la société ». 

Le 13 octobre dernier, elle a littéralement hybridé ses deux passions pour la philosophie et la théologie pour nous rappeler à tous que si « l’IA pose de bonnes questions, il nous revient de ne pas lui apporter de fausses réponses ».

Zoom sur les grandes leçons de son intervention

Et si l’homme avait re-créé un Dieu qui réponde à ses angoisses les plus profondes ?

Omnisciente, omnipotente, capable de générer autant d’espoirs messianiques que d’angoisses apocalyptiques, l’IA dans son vocabulaire et l’imaginaire qu’elle suscite a tout d’une nouvelle divinité, avec deux avantages concurrentiels majeurs sur les Dieux de nos religions traditionnelles : on ne peut douter de son existence, et elle répond immédiatement aux questions qu’on lui pose, 7 jours sur 7 et sans « jour du seigneur » !

Mais à quels besoins fondamentaux ce nouveau Dieu répond-il donc ?

Gabrielle Halpern y répond de deux manières :

  • Théologique d’abord : en revenant aux origines bibliques, Adam et Eve ont été condamnés d’avoir croqué la « pomme » à deux malédictions : mourir et travailler. Or nous déléguons à l’IA une grosse partie de notre travail, et le potentiel de sa puissance dans les avancées scientifiques et médicales nous permettent de repousser sans cesse notre espérance de vie, et qui sait un jour, de déjouer la mort !
  • Philosophique ensuite : pour le philosophe allemand Günther Anders, l’humanité est confrontée à une angoisse encore plus forte que la peur de la mort, celle de « ne pas participer ». Or l’IA nous donne l’impression de participer à une grande aventure collective. Surtout, toujours pour Günther Anders, le monde n’est pas naturellement fait pour l’homme, qui doit sans cesse s’adapter aux nomenclatures et à … ses congénères, alors que l’IA répond parfaitement au fantasme d’un sur-mesure qui ne requiert aucun effort d’adaptation.

Si l’on admet que l’homme a fait de l’IA un nouveau Dieu, la vraie question à se poser selon Gabrielle Halpern est : devons-nous avoir foi en elle ? Et pour répondre, elle ne manque pas de soulever un angle mort : si nous avons tant besoin d’avoir foi en l’IA, peut-être est-ce parce que nous avons de moins en moins foi en nos congénères !

Le vrai débat sur l’IA ne se résume pas à la bataille réductrice entre technophiles et technophobes qui anime la presse et les réseaux sociaux. L’IA nous pousse à nous poser une question beaucoup plus essentielle : n’avons-nous pas abandonné notre humanité ?

« On a fait grossir nos sciences, mais rétrécir nos cœurs » : le vrai risque de l’IA ne serait-il pas qu’elle devienne plus humaine que nous ?

La médecine moderne prolonge notre vie, mais nous laissons nos personnes âgées dépérir seules et isolées dans des maisons de retraite. Nous avons des millions d’amis sur Insta ou Tiktok, mais qui sera vraiment là en cas de malheur, ou de bonheur ? Nous avons développé des outils pour être de plus en plus performants, mais nous sommes de moins en moins fiables.

« L’érudition n’a jamais empêché la barbarie », rappelle Gabrielle Halpern, avant de poursuivre « l’école enseigne des savoirs, mais pas l’humanité ». Et le sens dans tout ça ?

Gabrielle Halpern ne donne qu’un exemple, qui dit tout : depuis des décennies, nous apprenons l’orthographe à nos enfants en leur faisant faire des dictées qui finissent à la corbeille. Alors qu’il suffirait de leur proposer d’écrire aux personnes âgées isolées de la maison de retraite d’à côté pour que l’acte même d’écrire, et donc d’être lu et compris, retrouve son sens premier, tout en créant des ponts entre les générations.

« L’IA est un Dieu plus sournois que les autres », souligne Gabrielle Halpern : « les religions nous ont donné des commandements pour devenir meilleurs », avec plus ou moins de succès.

L’IA nous confronte à un défi existentiel : « si tu ne te conduis pas comme un humain, tu seras remplacé par un outil plus humain que toi » !

A nous d’être plus généreux, plus empathiques, plus ouverts et agréables que ChatGPT, pour réapprendre à vivre ensemble et s’hybrider.

Car c’est peut-être là que se cache la solution : recréer des ponts entre les mondes, les cultures, les gens d’horizons différents, et s’hybrider vraiment, sans fusion ni assimilation, pour se transformer mutuellement et faire grandir des projets à impact.

C’est de ces mille mariages improbables qu’il nous reste à inventer que nous pourrons créer ensemble quelque chose de nouveau, qui n’appartiendra qu’à nous, humains.

Alors comme a conclu Gabrielle Halpern avec brio : « réinventons le mythe du centaure comme figure inspirante de notre avenir » …

Besoin d'un accompagnement ?