MotionSign : quand l’IA donne une voix à ceux qui parlent avec les mains et crée de nouveaux métiers pour les personnes sourdes

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Traduction automatique en langue des signes par IA

Et si l’intelligence artificielle permettait enfin à des millions de personnes sourdes d’accéder complétement aux services publics, à la santé, à l’emploi ou tout simplement à l’information ? C’est le pari de MotionSign, jeune entreprise issue de l’écosystème grenoblois, qui développe une technologie de communication en langue des signes.

Mais derrière les avatars 3D et l’IA se cache une aventure bien plus humaine qu’il n’y paraît : celle d’une équipe engagée depuis plus de vingt ans pour l’accessibilité, et d’un partenariat original avec YMCA Occitanie qui forme des personnes sourdes à de nouveaux métiers liés à l’intelligence artificielle et à l’animation numérique.

Comprendre sans entendre : quand l’information reste inaccessible à des millions de personnes

On parle souvent de handicap visible. Beaucoup moins du handicap invisible que représente la surdité dans une société conçue presque exclusivement pour ceux qui entendent.

Prendre un rendez-vous médical. Comprendre un courrier administratif. Effectuer une démarche sur internet. Accéder aux messages d’alertes et de sécurité. Obtenir une information dans une gare ou un aéroport. Pour une grande partie des personnes sourdes ou malentendantes, ces situations banales peuvent rapidement devenir de véritables parcours d’obstacles.

Contrairement aux idées reçues, la difficulté ne se limite pas à l’absence de son. Pour de nombreux sourds profonds, la Langue des Signes Française est leur langue maternelle. Or sa structure grammaticale est très différente du français écrit. Lire un texte administratif peut alors s’apparenter à la lecture d’une langue étrangère.

La situation se complique encore lorsqu’on sait qu’il n’existe pas une langue des signes universelle. Chaque pays possède la sienne, avec son vocabulaire, sa syntaxe et ses particularités culturelles.

Résultat : alors que les outils de traduction automatiques se perfectionnent pour des centaines de langues parlées, les langues des signes restent encore largement en marge de la révolution numérique.

Traduire automatiquement la langue des signes : le défi que personne n’avait encore réussi à relever !

C’est précisément ce défi que s’est fixé MotionSign : faire entrer la langue des signes dans l’ère de l’IA

Et l’idée n’est pas née dans un laboratoire d’intelligence artificielle mais de plus de vingt ans d’innovation pour les personnes sourdes.

Entrepreneur grenoblois, Didier Chabanol a consacré une grande partie de sa carrière à développer des solutions d’accessibilité à travers la société IVèS. L’entreprise est notamment connue pour avoir participé au développement de plateformes de communication adaptées aux personnes sourdes et malentendantes, qu’il s’agisse de services de transcription ou de centres relais permettant de passer des appels avec l’aide d’interprètes.

Très vite, une évidence s’impose : même avec les interprètes, les besoins restent immenses.

C’est ainsi qu’est née MotionSign, d’abord comme projet incubé au sein d’IVèS, avant de devenir une entreprise à part entière.

L’ambition est simple à énoncer mais extrêmement complexe à réaliser : créer la première solution capable de produire automatiquement des contenus en langue des signes et, de reconnaître une conversation en langue des signes.

Pour y parvenir, l’équipe construit depuis plusieurs années un corpus unique de langue des signes alimenté par des linguistes, des traducteurs, des entreprises et les utilisateurs eux-mêmes.

Ce jeu de donnée permet ensuite à l’intelligence artificielle d’apprendre une première traduction qui est systématiquement enrichie et validée par des experts humains.

Car contrairement à certains fantasmes technologiques, l’objectif n’est pas de remplacer les interprètes mais de leur fournir des outils leur permettant d’aller plus vite, de traiter davantage de contenus et de couvrir des usages plus complétement.

L’entreprise développe également des avatars 3D capables de restituer les signes de manière réaliste afin de proposer des formations, des contenus pédagogiques ou encore des interfaces d’information accessibles.

Demain, ces solutions équiperons des portails administratifs, des plateformes de services publics, des sites d’emploi ou encore des établissements de santé. Et même … les salles de cinéma !

Une avancée qui pourrait transformer en profondeur l’accès à l’information pour des milliers de personnes.

Bien plus qu’une technologie, un vrai projet d’inclusion : zoom sur l’aventure humaine peu commune entre Motion Sign et YMCA

Pour autant, la dimension la plus intéressante de MotionSign n’est peut-être pas technologique.

Car derrière les avatars et l’intelligence artificielle se cache une aventure humaine peu commune.

Pour enrichir ses bases d’apprentissage et créer les mouvements qui animent ses avatars, MotionSign travaille notamment avec YMCA Services Occitanie, une entreprise adaptée qui emploie une majorité de salariés en situation de handicap.

L’histoire de YMCA est d’ailleurs étonnante.

Oui, il s’agit bien du même YMCA que celui immortalisé par les Village People. Mais derrière les trois lettres du célèbre tube disco se cache avant tout un mouvement né à Londres en 1844 pour accueillir, accompagner et soutenir des jeunes en difficulté.

Cette vocation sociale s’est poursuivie au fil des décennies. En occitanie, YMCA accompagne aujourd’hui plusieurs centaines de personnes en situation de handicap vers l’emploi, la formation et l’autonomie.

Le partenariat avec MotionSign s’inscrit pleinement dans cette logique.

Des personnes sourdes participent directement à la création des contenus en langue des signes. Leurs mouvements sont captés grâce à des technologies de motion capture afin de concevoir les avatars numériques utilisés par l’application.

Mais l’ambition va plus loin.

L’objectif est aussi de former ces collaborateurs à de nouveaux métiers : traduction spécialisée, enrichissement de bases d’apprentissage pour l’intelligence artificielle, animation 3D ou encore gestion de contenus numériques.

Autrement dit, les personnes concernées ne sont pas simplement contributrices de la technologie. Elles deviennent actrices de sa conception et ouvrent la voie de nouvelles opportunités professionnelles.

Une approche particulièrement cohérente pour une entreprise dont la mission consiste précisément à rendre le numérique plus inclusif.

Car au fond, l’impact de MotionSign ne se mesure pas uniquement au nombre de traductions automatisées ou de lignes de code développées.

Il se mesure à chaque personne qui pourra comprendre un document administratif, accéder à une formation, consulter un service public ou simplement participer plus facilement à la vie sociale.

Une illustration concrète de ce que la technologie peut produire lorsqu’elle est pensée non pas comme une fin en soi, mais comme un outil au service de l’inclusion.

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