Dans les coulisses d’Enwires : la visite de NICE prépare l’industrialisation en Chine

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Le mardi 23 juin dernier, Enwires recevait une délégation de l’accélérateur chinois NICE, menée par son Vice Président Alex Gu. Une visite exceptionnelle que la startup grenobloise a choisi de partager avec quelques jeunes pousses industrielles du territoire, en leur ouvrant les portes de sa ligne pilote et de son parcours d’industrialisation — entre démonstration technologique et stratégie internationale déjà en marche.

Une visite stratégique pour Enwires

Il y a des visites qui relèvent de la simple courtoisie institutionnelle, et d’autres qui disent quelque chose de beaucoup plus stratégique. Celle organisée ce matin chez Enwires appartenait clairement à la seconde catégorie. En accueillant l’accélérateur chinois NICE, aux côtés de quelques startups venues découvrir sa ligne pilote et son parcours industriel, la jeune pousse grenobloise n’a pas seulement ouvert ses portes : elle a mis en scène la prochaine séquence de son développement.

Car derrière les démonstrateurs, les équipements et les échanges techniques, le message était limpide : pour une entreprise qui fabrique des matériaux destinés aux batteries lithium-ion, la question n’est plus seulement celle de la preuve technologique, mais celle du lieu pertinent pour produire à grande échelle. Et sur ce point, Enwires assume une ligne claire : la Chine s’impose aujourd’hui comme l’option la plus crédible pour sa future usine.

Du labo à l’usine, les étapes clés d’Enwires

Fondée en 2016 à partir d’une technologie CEA, avant d’être totalement revue pour simplifier le process industriel et répondre aux besoins marché dès 2019, Enwires développe un matériau innovant à base de graphite et silicium pour améliorer la performance des batteries lithium-ion.

L’entreprise cible un enjeu central du secteur : augmenter la densité énergétique tout en maintenant une équation économique compatible avec les marchés de masse, notamment dans l’électromobilité. Son ambition industrielle n’est pas nouvelle : elle s’inscrit dans un parcours engagé depuis plusieurs années, entre R&D, simplification du procédé, préindustrialisation et montée en puissance de la ligne pilote.

Ce matin, la visite a permis de mesurer le chemin parcouru. Enwires compte aujourd’hui huit brevets, avec deux supplémentaires en cours, et a mobilisé environ 10 millions d’euros depuis sa création, dont 5 au cours des trois dernières années pour accélérer la phase pilote, selon les éléments partagés lors de la rencontre.

Sa production alpine, opérationnelle depuis 2023, permet déjà de réaliser de petites séries. La ligne pilote atteint une capacité d’environ 2,5 tonnes par an, une étape structurante pour tester, qualifier et démontrer la robustesse du procédé avant le passage à l’échelle industrielle. Et a nécessité de mobiliser des compétences industrielles en chimie pour le moins difficiles à trouver.

Mais dans les batteries, la performance ne suffit pas. En amont de la chaîne de valeur, le coût de production reste un juge de paix. Et c’est précisément là que la géographie industrielle reprend ses droits. Enwires l’a constaté très tôt : dans un marché où l’on ne vend ni du luxe ni de la niche, la compétitivité matière et process conditionne l’accès au volume. Une partie du procédé repose en effet sur des intrants et des gaz dont les coûts sont beaucoup plus favorables en Asie qu’en Europe. À cela s’ajoute un autre facteur décisif : la filière batteries y est déjà structurée, dense, et proche des grands donneurs d’ordre.

La Chine, un choix nécessaire et assumé pour assurer la pérennité économique de l’entreprise

Cette intuition, la startup est venue la confronter au terrain dès ses premiers voyages en Chine. Une première mission exploratoire, il y a environ deux ans, lui a permis de mieux comprendre la profondeur du marché, la maturité de la chaîne batteries et la pertinence de Shanghai dans son secteur. Depuis, les discussions se sont intensifiées. Enwires a notamment noué une coopération avec NICE à l’été 2025, dans l’objectif de mieux qualifier ses options d’implantation, de comprendre l’écosystème local et d’accélérer les mises en relation industrielles.

Le rôle de NICE est en effet loin d’être anecdotique. Présenté comme une plateforme d’innovation et d’industrialisation installée à Shanghai, le centre a été créé conjointement par la municipalité de Shanghai et les provinces du delta du Yangzi. Sa mission : faire le lien entre recherche appliquée, transfert technologique et débouchés industriels dans des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, les matériaux avancés, la robotique, l’énergie ou encore la santé. NICE fédère un large réseau de partenaires académiques et industriels, et se positionne comme un intermédiaire pour faire émerger des coopérations de R&D, des démonstrateurs, des laboratoires conjoints ou des projets d’implantation.

C’est précisément ce type de passerelle qu’Enwires est venue chercher, avec un acteur capable d’ouvrir les bonnes portes, de faire gagner du temps dans la compréhension du marché, et d’aider à construire une supply chain pertinente.

Car en Chine, rappelle NICE, on ne pénètre pas la filière par simple exportation opportuniste : pour produire et vendre, il faut savoir où s’insérer, avec qui travailler, et dans quel bassin industriel s’implanter. Shanghai apparaît, de ce point de vue, comme un point d’entrée naturel pour une deeptech industrielle, grâce à la densité de son tissu de recherche et à la proximité immédiate de tout un écosystème de sous-traitance et de fabrication avancée.

Chez Enwires, cette réflexion n’est plus théorique. L’entreprise a déjà engagé des premiers tests, comprend mieux les attendus de la chaîne de valeur batterie en Chine et poursuit ses échanges avec des partenaires publics et privés.

Si l’hypothèse d’un démonstrateur à Shanghai se précise, d’autres sites restent étudiés pour arbitrer les coûts et les conditions d’implantation. Mais la direction prise est claire : la future production de masse ne se fera pas là où l’idée est née, mais là où l’écosystème permet de la déployer avec vitesse, cohérence et compétitivité.

Au fond, la séquence racontée ce matin dit beaucoup d’un changement d’époque pour les startups industrielles européennes. L’enjeu n’est plus seulement de bien innover, mais de savoir où industrialiser intelligemment. Pour Enwires, la réponse prend la forme d’un aller-retour assumé entre Grenoble et Shanghai : la technologie, les brevets et la ligne pilote ici ; la proximité clients, la supply chain et, demain peut-être, l’usine là-bas.

Une trajectoire qui illustre, très concrètement, ce que peuvent produire les coopérations entre entreprises d’inovallée et écosystèmes chinois : non pas un simple récit d’export, mais une stratégie d’atterrissage industriel pensée au plus près du réel.

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À propos d'Inovallée

Labellisée par Retis, inovallée est une technopole de l’innovation durable située près de Grenoble, au pied des montagnes.

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