Conférence : si l’art devenait un levier de performance en entreprise ?

Le ministère de la culture et de la communication a lancé en 2014 « L’entreprise à l’œuvre : cinq expositions pour faire entrer l’art dans le monde de l’entreprise ». Le but : créer les conditions favorables d’une rencontre entre l’art et les salariés dans leur espace quotidien. De nouvelles solutions culturelles et artistiques, vouées à l’enrichissement des salariés, émergent. Dirigeants, managers, leaders se retrouvent donc au carrefour d’un nouveau modèle où l’humain doit être le cœur de la performance de l’entreprise…

Comment l’art permet aux entreprises de créer une marque employeur attractive ? Quels processus artistiques et/ou culturels existent pour donner du sens à l’entreprise ? Quel impact l’art peut avoir sur les équipes ? Finalement, l’entreprise apporte-t-elle autant à l’art que l’art à l’entreprise ?

Pour explorer la question, Inovallée a organisé le jeudi 23 mai 2019, une conférence dans les locaux d’INRIA à Montbonnot lors de laquelle, 10 intervenants sont venus apporter leur éclairage. 

Que ce soit à travers des serious game, des résidences d’artistes, des workshops, des œuvres d’art… le constat reste le même : notre monde change et laisse entrevoir des alternatives nouvelles pour créer toujours plus de surprise, de désir et de curiosité ! 

Les créatifs… des visionnaires ?

Pour Eliane SAUSSE, Secrétaire générale et directrice de l’Atelier Arts-Sciences dont l’objectif est de mener des projets de recherche entre artistes, scientifiques, technologues et industriels afin de développer la création artistique et la création industrielle, l’art participe à « la construction d’un avenir au service de l’humain ». C’est autour de cet avenir scientifique et cet avenir artistique commun que l’entreprise trouvera des solutions à ses problématiques.
L’Atelier Arts et Sciences a par exemple travaillé avec Renault qui souhaitait identifier les nouvelles émotions que procurerait la conduite du véhicule de demain.

L’art fait donc partie de l’accompagnement au changement. L’artiste est aujourd’hui recherché car il apporte un nouveau regard et une vision prospective. « Il éclaire le présent et l’avenir » Il crée de la liberté et de l’imaginaire tout en prenant en compte les contraintes lors des workshops « Les qualités d’un créatif est qu’il parvient à gérer les contradictions. »

Pour Agnès ZEVACO, ex-Directrice Partenariats Internationaux de BNP PARIBAS et auteure de l’essai « Voyage au centre de la Tech », il ne faut pas abandonner la raison mais faire appel à l’émotion, que ce soit dans les relations avec les clients ou les collaborateurs. Pour elle, « La créativité est le dernier bastion à l’intelligence artificielle ».
Elle intéresse particulièrement à la science-fiction qui, particulièrement aux USA et en Chine, est en lien avec l’entreprise. Elle conduit à une vision du monde novatrice. Les collaborations entre les auteurs de sciences fiction et les scientifiques sont nombreuses dans les domaines de l’informatique, des réseaux de télécommunications ou les nanotechnologies. Par exemple, dans les jours suivant les attentats du 11 septembre 2001, un rassemblement de 80 auteurs de science-fiction a été organisé par l’agence de sécurité américaine pour réfléchir à de nouvelles menaces qui, jusqu’alors n’avaient jamais été envisagées.

Le jeu, une nouvelle alternative pour les managers

Marie-France LEFEVRE, Professeur associé DFR Marketing – Vente (GEM). Grenoble Ecole de Management a imaginé un lieu dédié à la création et à l’utilisation de serious games : le Playground.

Ce lieu d’échanges, de formation et de recherche est ouvert aux entreprises, aux institutions ainsi qu’aux enseignants qui souhaiteraient imaginer des serious games afin de répondre à des problématiques qui leurs sont propres. (En savoir plus : https://www.grenoble-em.com/le-playground)

C’est dans ce Playground que des étudiants ont mis au point un serious game qui a pour ambition de mêler management et art. Ce jeu de cartes propose des problématiques de management auxquelles le joueur doit apporter une réponse en s’aidant de références artistiques. Les joueurs, réunis en équipes font ainsi appel à leur imagination et à leur intuition.

Faire appel à l’imaginaire pour façonner le monde de demain

Rocio BERENGUER, chorégraphe, dramaturge et metteur en scène, explique que, pour elle, il existe une vraie distance entre les artistes qui construisent l’imaginaire dans le but de façonner le monde, et les industriels / scientifiques qui construisent le monde. Elle s’interroge sur la façon de faire se rapprocher ces visions que tout oppose.

Pour Agnès ZEVACO, nous sommes passés de l’homo sapiens à l’homo creativus. Nous sommes aujourd’hui dans un contexte où il est primordial de replacer l’homme au centre de toutes les énergies qui se déploient…. Et pas seulement dans le monde de l’innovation, car l’avenir c’est peut-être justement la « no tech ».

Créer des synergies pour répondre aux problématiques et aux complexités de notre société, tels sont les enjeux soulevés par Walter SIMONE, Maître de conférences associé ENSAG.

L’école d’architecture de Grenoble (ENSAG) et le Fond de dotation Mica (Montbonnot Innovation Culture Art) se sont associés autour d’un projet de réalisation artistique à l’entrée de Montbonnot. Ce projet a d’abord fait l’objet d’une enquête terrain réalisée par les étudiants de l’ENSAG afin de connaître les attentes des entreprises d’inovallée en matière d’art. L’idée étant de concilier la mise en valeur du territoire d’inovallée Montbonnot, et répondre aux attentes et besoins des collaborateurs.

Pour découvrir les projets : https://fondsdotationmontbonnot.fr/nos-projets/

Selon Fabien ROUSSOULY, co-organisateur du Street Art Festival, il faut remettre de la motivation et de l’inspiration dans les entreprises par le biais de l’art.

L’art peut apporter de l’inspiration au sein des entreprises et inversement. En effet, la science peut être source d’inspiration pour les artistes et/ou leur permettre de réaliser des œuvres expérimentales. C’est d’ailleurs l’objectif d’une première mondiale qui aura lieu l’année prochaine à Grenoble, le 1er DIGITAL street art festival qui allie nouvelles technologies et œuvre d’art.

Enfin, Claire Noël BIGAY, Directrice de Ideas Laboratory dont la mission est, depuis 12 ans de bâtir des « projets d’innovation collaboratifs », de nombreux travaux sont réalisés avec les grands groupes industriels, les centres de recherche, les universités, les PME, les collectivités territoriales, et les écoles, pour imaginer l’avenir ensemble. Pour chacun des projets qu’ils mènent, Ideas Laboratory mobilise un processus d’innovation global qui s’articule autour de quatre grandes étapes : l’exploration, la conceptualisation, l’expérimentation et la réalisation.

Découvrez quelques concrétisations : https://www.ideas-laboratory.com/presentation/belles-histoires/