Yona Robotics : quand dix ans de recherche Inria viennent combler l’angle mort de la robotique mobile

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Un marché qui explose. Des robots de plus en plus nombreux. Et pourtant, un problème fondamental non résolu : comment faire naviguer un robot de manière sûre, certifiable et autonome dans le monde réel — celui des entrepôts encombrés, des ateliers dynamiques, des espaces partagés avec l’humain ? C’est exactement le vide que vient combler Yona Robotics, deeptech grenobloise fraîchement installée au Tarmac.

Un marché en ébullition… mais avec un talon d’Achille

Le secteur de la robotique mobile autonome est l’un des plus dynamiques de la tech industrielle. Le marché des robots mobiles autonomes (AMR) était évalué à 8,8 milliards de dollars en 2024 et devrait dépasser 88 milliards de dollars d’ici 2033 (MarketGrowthReports, 2024), avec un taux de croissance annuel composé de 29,2 %. En France, le marché de la robotique devrait atteindre 4,5 milliards d’euros en 2024 (Big Media, BPI, 2024).

Les moteurs de cette croissance sont bien identifiés : réduction des tâches pénibles et ayant des effets délétaires sur la santé, explosion du e-commerce, montée en puissance de l’industrie 4.0. Plus de 60 % des entrepôts mondiaux devraient adopter une forme de robotique d’ici 2026 ((MarketGrowthReports, 2024).

Mais derrière ces chiffres enthousiasmants se cache un frein structurel massif. « Près de 45 % des entreprises qui déploient des AMR rapportent des défis pour les intégrer avec les systèmes existants. » annonce David Gualino, fondateur de Yona

Et la raison est souvent la même : si les AGV (véhicules à guidage automatique) suivent des trajectoires fixes guidées par des câbles magnétiques ou des bandes au sol, les véritables robots mobiles autonomes doivent se déplacer sans guidage, dans des environnements dynamiques et partagés. Naviguer dans un couloir vide et balisé, c’est résolu. Naviguer dans un atelier où des humains passent et repassent, où des palettes s’accumulent, où l’environnement change d’une heure à l’autre, c’est une autre histoire.

La capacité des robots mobiles à s’adapter à l’environnement et à prendre des décisions en tenant compte de la présence humaine pose un défi majeur : l’analyse et la démonstration du niveau de confiance vis-à-vis de la sécurité, et a fortiori leur certification, constituent aujourd’hui un vrai défi scientifique et industriel.

C’est précisément cet angle mort que Yona Robotics a décidé d’attaquer en développant une solution qui permet de réconcilier la sûreté de fonctionnement avec l’intelligence artificielle.

Une deeptech née au cœur de la recherche fondamentale

Yona Robotics est le fruit de dix années de recherches menées au sein de l’équipe Chroma de l’Inria, portant sur la perception et la navigation autonome — des travaux initialement développés pour le véhicule autonome, et aujourd’hui transposés à la robotique mobile industrielle.

Fondée en juillet 2025 par quatre co-fondateurs — David Gualino (CEO), Houssem Meghnoudj (CTO), Maurice Pitel (directeur commercial) et Christian Laugier (directeur de recherche Inria) — la startup a été accompagnée par Linksium pendant dix-huit mois de maturation technologique. Elle vient de quitter les locaux de l’Inria pour rejoindre le nouveau site du Tarmac de Montbonnot-Saint-Martin, avec une équipe d’une dizaine de salariés. Le passage de la recherche au marché est officiellement engagé.

La réponse technologique : certifiable par conception

Là où la plupart des solutions AMR du marché reposent sur du deep learning — des algorithmes puissants mais opaques et impossible à certifier — Yona Robotics a fait un choix délibérément différent.

Sa plateforme logicielle embarquée repose sur une IA symbolique, explicable et certifiable, combinée à une modélisation probabiliste de l’environnement et une fusion de données multi-capteurs. Trois brevets exclusifs issus de l’Inria protègent cette architecture.

En clair : les robots équipés de la solution Yona ne se contentent pas de naviguer — ils peuvent expliquer leurs décisions, ce qui est une condition sine qua non pour obtenir des certifications industrielles (conformité directive Machines 2006/42/CE, norme ISO 3691-4 pour les engins de manutention autonomes). Le déploiement de robots mobiles autonomes en environnement humain impose en effet une réflexion approfondie sur les risques associés. La conformité aux réglementations dès la phase de conception est essentielle pour créer un produit homologable.

Comme le résume David Gualino : « Nous donnons littéralement un cerveau et des yeux aux robots. Notre logiciel embarqué leur permet de comprendre, interpréter et agir dans des environnements complexes, en toute sécurité. »

Le positionnement : l’équipementier logiciel des PME de la robotique

Yona Robotics ne fabrique pas de robots. Elle vend l’intelligence qui les rend autonomes — en mode plug and play, adaptable à tout type d’engin mobile existant. Une approche qui cible un segment souvent négligé par les grands acteurs du marché.

La startup se pose comme un accélérateur technologique pour les PME de la robotique en leur permettant d’être plus vite sur le marché et d’élargir leurs cibles. Elle est d’un intérêt majeur pour celles qui proposent des applications en environnement complexe que ce soit intérieur type robot de manutention (circulation à adapter en fonction de la présence humaine ou d’objets dynamique dont il faut anticiper les trajectoires) ou en extérieur type tracteur autonome (sol irréguliers ou conditions météorologiques défavorables).

Dans les deux cas, le besoin reste le même : permettre au robot de percevoir, comprendre et naviguer de manière fluide et fiable .

Comme le souligne Maurice Pitel : « Notre objectif est simple : créer de la valeur sur les robots mobiles existants, en les rendant plus sûrs, plus performants et plus intelligents, mais aussi faire sortir la robotique mobile des lieux fermés et sécurisés pour la mettre dans le monde réel. »

Les premiers jalons commerciaux et la trajectoire financière

La startup prévoit un chiffre d’affaires de 300 000 € en 2026 — essentiellement du conseil (étude d’intégration du logiciel Yona sur Robot existant ou dans le cadre d’étude de faisabilité technique pour de nouveaux robots) et des POC — avec une projection de 20 M€ d’ici cinq ans, portée par la commercialisation à grande échelle de la licence logicielle. Le modèle économique repose sur trois leviers : revenus d’ingénierie, licences d’exécution et maintenance récurrente des systèmes embarqués.

Plusieurs collaborations industrielles sont déjà engagées dans la logistique et l’industrie. Une première levée de fonds est prévue en 2026 pour financer le passage à l’industrialisation.


Grenoble et le Tarmac : un écosystème adapté pour se donner les moyens de réussir

Grenoble n’est pas un hasard géographique. L’écosystème local — Inria, CEA, grands donneurs d’ordre industriels, réseau Linksium — constitue un terreau rare pour les deeptech hardware-software. Le logiciel est d’ailleurs le segment à la croissance la plus rapide dans la robotique de service. Yona Robotics arrive donc au bon endroit, au bon moment, avec la bonne brique technologique.

En rejoignant le Tarmac, la startup ne change pas d’adresse : elle change de posture. Celle d’une entreprise technologique qui passe de la démonstration de concept à la conquête du marché.

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